Contre l’intervention impérialiste en Syrie !
Tandis que les affrontements continuent au Mali dans l’indifférence générale, l’attention des puissances impérialistes se tourne vers la Syrie.
Les gouvernements et leurs médias focalisent donc leur propagande mensongère sur le régime de Bachard El-Assad. La formidable machine de désinformation et d’abrutissement de masse est montée en puissance depuis le mois d’Aout afin de préparer moralement l’opinion à toutes les possibilités d’opérations occidentales, et notamment l’intervention militaire.
Comme à chaque fois qu’il s’agit de justifier leur politique de domination mondiale, les enjeux des bourgeoisies occidentales sont soigneusement dissimulés derrière l’hypocrite dénonciation des abus de tel ou tel Etat envers sa population. Le régime syrien devient donc subitement le Grand Méchant et il est de bon ton d’hurler avec les loups contre « cette dictature sanguinaire ». Pourtant -à l’instar de Kadhafi et d’autres avant lui- Bachard El-Assad était reçu en grande pompe par l’Elysée quelques années auparavant. Et lorsqu’il assistait, en invité d’honneur, au défilé du 14 juillet 2008, nous n’entendions pas ce concert de dénonciations médiatiques. Les gouvernements bourgeois adoptent une propagande à géométrie variable selon leurs intérêts du moment. Comme pour l’Irak -quand les Etats-Unis nous présentaient des preuves bidons sur les armes de destruction massive- la France nous fabriqua des preuves contre le régime syrien pour légitimer la politique impérialiste. Jean-Marc Ayrault appelle ça « le travail de persuasion ». A grand coup d’images satellites -qui pourraient tout autant représenter un club Med qu’un centre de recherche militaire- le gouvernement nous dit « ceci est le mal » et s’invente des devoirs et des responsabilités envers les peuples.
Ce sont pourtant eux, les gendarmes autoproclamés du monde, « les civilisateurs », tous les Etats impérialistes occidentaux, Etats-Unis, Grande-Bretagne et France, qui fabriquent et vendent à qui veut bien l’acheter, cet arsenal de mort. C’est sous le commandement du « grand » Churchill que la Grande-Bretagne normalisa l’usage des armes chimiques dans les conflits en les utilisant massivement contre les Ottomans à Gaza en 1917, puis contre les Bolchéviques en 1919 et continua même après la signature du Protocole de Genève prohibant « l’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques » en 1924. C’est bien la France qui utilisa sans pitié les bombardements au napalm en Indochine ou en Algérie et qui arma Saddam Hussein, son « cher ami » de l’époque, avec des Mirages pour gazer les kurdes. Enfin, les Etats-Unis battent tous les records, en terme de crimes contre l’humanité. On se limitera à l’évocation de Dresde, ville étudiante allemande sur laquelle ils ont tant déversé de napalm que la population mourrait ébouillantée quand elle se jetait dans le fleuve. Il fut impossible de compter les morts car seules les cendres des corps brûlés par le bombardement ont pu être pesées. Ou bien le Vietnam, la plus grande guerre chimique de l’histoire, lorsque 80 millions de litres d’agent orange furent répandus, l’équivalent de 400kg de dioxine pure, le poison le plus violent et le plus indestructible que l’on connaisse (80g suffisent pour éliminer 8 millions d’habitants). Sans parler des bombes à l’uranium appauvri en Serbie ou des deux bombes atomiques lâchées sur la population au Japon. L’inventaire des guerres où les Etats impérialistes ont utilisé des armes chimiques et perpétré des carnages serait trop long à énumérer ici, car ce fut le cas dans la quasi-totalité des conflits depuis le début 20ème siècle. Le prix Nobel de la paix pour Obama, c’est la reconversion de Dutroux en psychologue pour enfants ! De qui se moque-t-on ? De nous et du peuple syrien !
La guerre est un business qui engraisse les grandes familles françaises et occidentales. Ce sont eux, les propriétaires des entreprises du CAC 40, qui fabriquent et vendent des armes dans le monde entier (Dassault, Lagardère…). Ce sont toujours eux (Bolloré, Bouygues…), qui récupèrent les contrats de reconstruction des pays en ruines.
Le sort des populations autochtones, ils appellent ça des « dommages collatéraux ». Ils font et défont les Etats et les frontières selon leur grès. Selon leur bon vouloir, ils assassinent les leaders, ils massacrent les populations et instaurent le chaos sur toutes les parties du globe. L’impérialisme c’est la guerre, c’est le stade ultime de développement pour une bourgeoisie qui ne peut se contenter d’asservir sa propre population mais doit inféoder le reste du monde. Et malheur à ceux qui ne veulent pas se soumettre !
La Syrie n’est pas un allié historique de l’impérialisme occidental. Même si elle se révéla un appui circonstancié à plusieurs reprises, notamment en intervenant au Liban face aux palestiniens en 1976 et en participant à la coalition dirigée par les Etats-Unis contre l’Irak en 1990. Libérée du pouvoir colonial français en 1946, la Syrie affiche d’abord une position neutraliste pendant la guerre froide. Cependant, elle trouva rapidement en l’URSS le seul partenaire pour son développement face à la politique impérialiste américaine au Moyen-Orient. Mais loin de représenter une alliance idéologique contre l’impérialisme, les Etats-Unis et Israël, les liens entre les deux pays furent et restent essentiellement guidés par les intérêts de chacun. Le pays occupe une place géostratégique importante dans la région de par ses ports et pour l’acheminement du gaz et du pétrole. Il représente, avec l’Iran, un des derniers « bastions » capables de s’opposer à l’hégémonie américaine dans la région et donc une cible à abattre.
Lorsque les révoltes populaires éclatèrent en Tunisie et en Egypte, la réaction initiale des occidentaux fut de soutenir leurs vassaux locaux et de proposer d’aider les polices et les armées de Moubarak et Ben Ali dans le maintien de l’ordre et la répression. En Syrie, à peine les premières manifestations avaient-elles débuté dans les campagnes, que les pays voisins et rivaux (Turquie, Qatar, Arabie Saoudite) confisquèrent le mouvement, en envoyant des djihadistes et des mercenaires pour plonger le pays dans le chaos. Ces groupes sont équipés et entrainés par les puissances impérialistes occidentales. Cette stratégie du chaos, nous la retrouvons partout où l’impérialisme pointe son regard meurtrier : en Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan… A chaque fois, ils redessinent les cartes du monde selon leurs alliés du moment qui deviendront les ennemis de demain, et la population est littéralement découpée sans pitié. Partout sur la planète, l’impérialisme porte en lui la barbarie comme la nuée porte l’orage.
La propagande bourgeoise a bien tenté de donner un visage respectable aux « rebelles » à travers des institutions tel l’Armée Syrienne Libre (ASL). De la même façon elle légitime son intervention grâce à l’ONU. Seulement, il fut immédiatement limpide que l’ASL n’est formé que d’un ramassis d’anciens cadres opportunistes du régime, de chefs de sectes djihadistes ou de simples bandits. Les exactions de ces bandes armées sont tellement nombreuses et violentes, qu’elles ont réussi à rejeter dans les bras de Bachard El-Assad une bonne partie de la population qui manifestait au départ contre lui et les mesures libérales imposées ces dernières années.
Le régime semble donc tenir face à cette agression, mais le pays est morcelé et la population, désarmée et inorganisée, n’a pas d’autre choix que de rallier le régime baasiste. Par son agression impérialiste sur la Syrie, c’est avant tout le peuple syrien qui est victime de la barbarie, au moment même où il commençait à s’organiser en une force politique pour lui-même.
Après la Libye et le Mali :
Contre le gouvernement Hollande et sa politique guerrière de reconquête des anciennes colonies !
Contre l’intervention militaire, logistique et clandestine en Syrie !
A Bas l’impérialisme !
NEYA
Publié dans Combat n°32 Automne 2013
