Colombie : Unis tout est possible !
Une lutte sociale a été entamée par la paysannerie colombienne en juin dernier.
Elle avait initialement pour but de contester la résolution 970 qui interdisait aux agriculteurs colombiens de conserver leurs semences. A cause de ce genre de loi, les paysans du monde entier sont obligés de racheter tout les ans les mêmes graines stérilisées auprès des multinationales comme Monsanto. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder l’océan d’injustice sociale.
Car le gouvernement colombien, depuis des années, a créé des liens avec des multinationales dans tous les secteurs d’activité via des accords de libre échange mis en place avec les États-Unis. Ces accords, ne respectent : ni la santé, ni les traditions, ni les différents écosystèmes, ni le droit des travailleurs à vivre dignement de leur activité. Quand ces derniers ne se trouvent pas violemment expulsés de leurs terres et contraints à un exode que même l’époque coloniale n’avait pas engendré !
Le mouvement pris de l’ampleur grâce à l’aide des travailleurs d’autres secteurs d’activité : les salariés des industries pétrolières, les mineurs, les camionneurs, les professionnels du secteur de la santé ainsi que les étudiants et d’autres qui ,eux aussi, se sont sentis concernés par leur avenir. Tous ont pris conscience que la qualité de leur mode de vie passe par la biodiversité, la qualité du patrimoine agricole (les semences) et leur autodétermination. Tous constatent dans leur secteur que les multinationales les asservissent et que l’Etat adhère à un modèle économique et social qui sert les intérêts d’une riche élite minoritaire.
La mobilisation a remporté un grand succès grâce à l’union des travailleurs et leur lutte commune : manifestations, blocages des points stratégiques, immobilisation des moyens de transport, grève illimitée, tout en permettant d’ouvrir un espace de discussion, de conscientisation, de solidarité et de résistance en Colombie. Malgré l’ampleur du mouvement, la résolution a « juste » été suspendue pour une période de 2 ans. Mais dans un pays où la répression contre le peuple est féroce (30% des syndicalistes assassinés dans le monde), l’union des paysans et des travailleurs dans la lutte apparait comme la voie à suivre pour la victoire.
Le peuple colombien renoue avec l’union entre prolétaires des différents secteurs. C’est cela qui a permis à la mobilisation d’aller dans le sens d’une vague de pression sociale plus large visant à rejeter la politique générale du gouvernement. Le mouvement ne s’est pas uniquement cantonné aux préoccupations paysannes et a permis de mettre en avant les exigences du peuple dans son ensemble, notamment en matière d’éducation publique gratuite.
Rappelons-nous que même ces petites victoires ne sont dues qu’à l’effort acharné d’une partie du peuple déterminé, qui malgré les luttes sanglantes, met en avant le bien commun plutôt que l’intérêt de quelques-uns. Voici l’exemple que d’autres peuples se devront de suivre ! Car ce plan des multinationales -avec la complicité de l’Etat- contre la paysannerie n’est pas destiné qu’à la Colombie. Ce projet circule déjà dans les hautes sphères au Chili ainsi qu’en Argentine et concerne toute l’Amérique latine. C’est un projet d’asservissement de la paysannerie mondiale qui est à l’œuvre et qui finit forcément dans nos assiettes.
Seule la lutte paie !
Hasta la lucha !
Publié dans Combat n°32 Automne 2013
